Tunisie: accès à l’eau potable, un calvaire dans la région la plus arrosée du pays

Tunisie: accès à l’eau potable, un calvaire dans la région la plus arrosée du pays

Le nord-ouest de la Tunisie regorge de sources, de barrages et d’apports pluviométriques abondants. Pourtant, dans cette région, des milliers de familles n’ont pas accès à l’eau potable et sont contraintes de marcher des heures pour remplir des bidons. Un paradoxe criant dans cette zone parmi les plus pauvres du pays.

Près d’un barrage en eau potable qui alimente plusieurs grandes villes du pays, à 200 mètres de la frontière algérienne, la source de Oued Sabbouna est un lieu de rendez-vous. Des centaines de personnes s’y succèdent, munies de bidons de 20 litres qu’elles remporteront sur leur dos ou à dos d’âne. Hassen Mechergui vient chercher quotidiennement de l’eau potable depuis « longtemps, très longtemps. Tous les jours, tous les jours, à peu près 10 km. Toute une partie de la région n’a pas de robinet, ni d’eau. »

Ici, et dans les quelques sources avoisinantes, ce sont des centaines de familles des villages alentour qui viennent chercher de l’eau. Alors bien sûr, ce septuagénaire qui a pris l’habitude de faire sa toilette dans les bains publics a bien demandé aux autorités de raccorder sa maison au réseau d’eau, mais il ne se fait pas d’illusion : « On demande au gouvernement de nous donner de l’eau. Il dit demain, demain, mais rien », déplore-t-il.

Des dizaines de milliers de citoyens qui n’ont pas accès à l’eau potable

Résigné, c’est avec son fidèle âne Simon qu’il emporte ses 40 litres d’eau. En Tunisie, des dizaines de milliers de citoyens n’ont pas accès à l’eau potable. Un droit pourtant garanti par la constitution. Au-delà de l’aspect pratique, ce manque d’eau porte atteinte à la dignité des habitants selon Inès Labiadh, coordinatrice du département environnemental au FTDES, le Forum tunisien des droits économiques et sociaux.

« On a vu des enfants qui ont été chassés de l’école par leurs maîtresses parce qu’ils avaient les mains sales, leur hygiène n’était pas correcte. Alors ils se sont indignés, leurs mères en particulier, en disant “comment la maîtresse peut nous demander d’avoir un minimum de propreté alors que nous n’avons pas d’eau pour boire ni pour cuisiner” », explique Inès Labiadh.

« Un cercle vicieux d’endettement, de coupures d’eau »

Dans les coins reculés de ce gouvernorat de Jendouba, des raccordements au réseau ont pu être effectués ces dernières années, mais la distribution d’eau y est aléatoire.

« Alors les habitants dépendent d’un groupement de développement agricole qui est l’organisme en Tunisie qui gère la fourniture d’eau potable dans les zones rurales », déclare Inès Labiadh. Puis d’ajouter : « Sauf que ces groupements connaissent de grands problèmes liés entre autres à un endettement énorme. Le réseau connaît des problèmes de rupture de canalisations, ce qui fait que la facture est très importante. Et le groupement n’a pas de ressources propres. En fait, il vit des cotisations des participants. Donc, les participants sont pauvres, ils n’arrivent pas à payer leurs factures, ce qui fait un cercle vicieux d’endettement, de coupures d’eau. »

RFI

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