SARS-CoV-2 ET Covid-19 : l’incapacité cognitive des philosophes- médiatiques français

SARS-CoV-2 ET Covid-19 : l’incapacité cognitive des philosophes- médiatiques français

Seconde crise de la civilisation indo-européenne Partie 1 : André Comte-Sponville, E. Macron et Régis Debray

Comment donc méditer l’actuel et inopiné ralentissement du monde, autrement qu’en appelant à la pensée deux mots-essentiels : être (respirer) et parare (arrêt) ? Cette incursion étymologique et sémantique suggère, pour qui veut l’entreprendre, une écoute attentive de cela même qui, ici, est en question. Le chemin ouvert est une écoute et pas pédestre.

Posons une assertion1 directrice : dans les parages du SARS-CoV-2 et de son Covid- 19, tout s’arrête. Seul le récit du Déluge évoque un phénomène du même ordre, quoique bien plus ample : l’arrêt du « train du monde » et son re-commencement.

L’objet de cet article, qui reprend et poursuit celui d’une publication précédente auquel le lecteur est renvoyé2, réaffirme une double idée radicale. Tout d’abord, celle selon laquelle le SARS-CoV-2, en son être, sa phénoménalité et sa finalité, a créé ce qui vaut, après la démence hitlérienne, comme la seconde grande « crise » de la civilisation indo-européenne de la période contemporaine. Ensuite, l’idée que le Covid-19 cerne, nomme et ouvre une époque, une

« épochê » nouvelle, prolongée et redoublée par un « parare » inédit, dans la mesure où, dans son mouvement même, d’une part, il ralenti, décélère le temps (historique), marque son

« arrêt », et, d’autre part, partage (dissocie, morcelle) l’espace (social et géopolitique). Or, depuis Kant, espace et temps sont admis, définis et saisis comme les deux conditions a priori de toute expérience3.

Le SARS-Cov-2 procède à l’arrestation du monde, plus fondamentalement à son

« arrêt-station »4, c’est-à-dire place le monde à l’état d’arrêt.

Jusqu’ici, les commentaires politiques et scientifiques n’ont pas su percevoir ce rapport spécial du SARS-Cov-2 et de son Covid-19 au temps et à l’espace. Et cette cécité cognitive est d’autant plus frappante que ce rapport qui saute aux yeux renvoie à deux règles fondamentales. Tout d’abord, à ce que, à propos du système de Carl Ritter, G. Nicolas-Obadia a appelé « l'axiome chorologique » de différenciation spatiale5. Car cette crise est, en son fond même, également géographique, en ce sens que l’une de ses premières conséquences mondiales aura été la fermeture générale des frontières nationales, comme re-fragmentation des lieux de l’espace terrestre. Chaque pays a fait du SARS-Cov-2 et de son Covid-19 une affaire propre. Au reste, cette chorologie introduit l’énoncé d’un « lemme d'indifférence »6 : les frontières sont l’ensemble de référence et la base de la différenciation spatiale. Cette chorologie et ce lemme

  • Une assertion se définit, en philosophie, comme un énoncé (proposition ou jugement) vrai.
  • P. F. Tavares, Être et finalité du SARS-Cov-2 et phénoménalité du Covid-19, blog PFT, 23 avril 2020.
  • Kant, L’Esthétique transcendantale, in Critique de la raison pure, 3ème édition corrigée, traduction et notes par Alain Renaut, Flammarion, Paris, 2006, pages 117 - 14
  • L’arrêt-station comme concept est exposé dans notre ouvrage Science de la Ban-Lieue, essai sur l’insociable sociabilités des banlieues françaises, Manuscrit Université, Paris, 2008.
  • L'axiome chorologique de différenciation spatiale : est géographique tout objet (au sens statistique du terme) qui différencie l'espace terrestre.
  • Carl Ritter : la terre est pour le géographe l'ensemble de référence et la base de la différenciation spatiale.

 

donnent au SARS-Cov-2 et à son Covid-19 toute leur importance historique et pathologique, qui ne peut être réduite uniquement à son nombre de morts et son taux de mortalité bien moindre comparés à ceux des pandémies qui les ont précédés.

Et que les scientifiques et les politologues ne pressentent pas ces deux règles fondamentales est un signe supplémentaire de la crise de la connaissance qui, depuis une quarantaine d’années, affecte toute la communauté des sciences sociales et humaines. Et que les philosophes restent ab oculis (sans yeux), quand temps et espace, deux catégories majeures chez Aristote et Kant, souligne le degré de gravité et de désarroi dans lequel le monde de la pensée est plongée.

Il est pourtant manifeste que la vitesse du monde est en décélération. Plus rien n’est en accélération. C’est que notre « épochê » et son « parare » n’ont pas seulement suspendu ce que Norbert Elias appelle La Dynamique de l’Occident7, ils ont surtout ébranlé (ou fortement remué) les fondations même de la civilisation indo-européenne qui en est la matrice ontologico- culturelle. Bref, la vitesse du temps (caractéristique de la modernité) est freinée et la perméabilité de l’espace (typique du capitalisme) est suspendue, inter-rompue.

Au reste, de ce ralentissement du temps et de cette contraction de l’espace nul ne sait ni ne peut encore dire ce qui en sortira. Est-ce le moment historial de bascule, la phase politique décisive où l’Extrême-Orient (Chine, Corée du Sud, Japon, Taïwan, Corée du Nord, Vietnam, etc.) pourrait prendre la direction (leadership) de l’histoire du monde ? Et si tel était le cas, quelle réponse historique apprêtera l’Occident ? Les volte-face répétés et l’isolationnisme exacerbé de Donald Trump en sont-ils l’amorce ? Est-il faux d’y voir les premiers signes de la pré-para-tion, du « parare » occidental ? Un tel pré-parer, c’est-à-dire l’annonce (mise en avant) d’un nouveau « parare », d’un arrêt, est-il la ri-poste, la réponse, la responsabilité, un répondre-de-soi ? Comment donc s’ajustera le Moyen-Orient, qui est en ébullition et éclaté ? L’Afrique manquera-t-elle ou saura-t-elle tirer profit de cette période, pour s’imaginer un autre destin, en transformant structurellement les pays-États (qui le déterminent) en États-pays, puis en États-nations ou en bâtissant, le rêve de ses héros, le Panafricanisme ?

Nous sommes en présence d’une véritable commotion civilisationnelle, que les philosophes-médiatiques français se sont jusqu’ici avérés incapables de mesurer. En lieu et place d’une interrogation de fond, ils se répandent en trivialités, distribuent des banalités aux médias pour le plus grand bonheur de ceux-ci et s’abandonnent, heureux, à des considérations sur la peur et la privation de (leur grande et si précieuse) liberté. Leur seule réponse à une crise aussi grave, parce que civilisationnelle, est : « il faut que ça redémarre ! »

Il est étonnant mais, au fond, pas « sur-prenant » que trois d’entre eux, André Comte- Sponville, Régis Debray et Bernard-Henry Lévy ne pensent pas le SARS-Cov-2 et son Covid- 19 comme un ob-jet en tant que tel de (la) philosophie. Ils emboîtent le pas à Emmanuel Macron qui, comme philosophe, n’a jamais voulu faire du SARS-Cov-2 et de son Covid-19 un objet de pensée. Cette attitude étonne, car tout à fait contraire à la tradition d’étonnement instituée et habilement pratiquée par Platon et Aristote. En effet, ils ne s’étonnent pas devant le virus, le SARS-Cov-2, afin de savoir ce qu’il est en lui-même, puis sur sa pandémie, le Covid-19, à

  • Norbert Elias, La Dynamique de l’Occident, coll. Agora, Calmann-Lévy, Paris, 197

 

partir de l’être en tant qu’être, démarche qui caractérise la pensée philosophique. Plus frappant encore, à défaut de philosopher par eux-mêmes, ils auraient pu, par exemple, faire usage de béquilles pour forger leurs belles « opinions », soit en les amorçant à partir de Saint Augustin des Confessions avec une réflexion proprement métaphysique sur le temps, soit depuis Hegel qui, dans son Précis de l’Encyclopédie des sciences philosophiques, interroge « la » maladie (le concept, son unité), c’est-à-dire « toute » maladie (son multiple, sa variété) en tant qu’expression inéluctable (fatale) de la maladie originaire toujours-déjà-présente dans l’être même, comme l’ont fait Noëlle Lehoussine, L'organisme et la maladie chez Hegel8, et Claire Pagès, Hegel et les maladies de l'âme9. C’eût pu être une porte d’entrée honorable ou suffisante.

Certes, André Comte-Sponville semble le faire lorsqu’il reprend à Montaigne la célèbre formule des Essais : « Mais tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant »10. Mais, en réalité, ce recours procède d’une altération profonde d’une pensée de Montaigne qui, sur cette question, est présentée sous la forme d’un énoncé disjonctif (ou bien la vie, ou bien la mort) et ferait de la vie et de la maladie deux opposés, deux contraires radicaux, alors même que Montaigne ne les considérait pas ainsi ; il s’en faudrait même de beaucoup. Pour se convaincre du sophisme d’André Comte-Sponville, il suffit de lire l’agréable et remarquable article d’Eugène-Humbert Guitard, Montaigne et l’art de guérir11 dans lequel, entre autres, une citation tirée précisément des Essais, montre comment Montaigne saisit l’unité dialectique entre la vie, la santé et la maladie : les médecins, écrit-il, « ne se contentent point d'avoir la maladie en gouvernement, ils rendent la santé malade pour garder qu'on ne puisse en aucune saison échapper leur authorité (sic). D'une santé constante et entière, n'en tirent- ils pas l'argument d'une grande maladie future ? »12.

Nous pourrions multiplier ce type de citations qui témoigne, chez Montaigne, d’une pensée bien différente de ce qu’André Comte-Sponville s’évertue à faire accroire ; avec assurance, il prête à Montaigne l’exacte contraire de ce qu’il pense dans les Essais.

Au reste, André Comte-Sponville n’a pas du tout perçu et moins encore compris la dimension ironique du mot de Montaigne. S’il y avait un tant soit peu réfléchi, et non pas céder à la facilité de la citation, il aurait immédiatement vu que Montaigne veut précisément dire que l’on meurt, parce qu’on est vivant, ce qui est un truisme (vérité élémentaire) ou une tautologie (le prédicat est compris dans le sujet) c’est-à-dire que la mort est le contraire dialectique de la vie, un contraire qui lui est intérieur et non pas extérieur ou externe. Seul le vivant meurt, malade ou pas, veut donc dire Montaigne. Mais ce serait pure sottise de faire croire que, pour Montaigne, la maladie n’est pas mortelle. L’homme meurt, parce qu’il est vivant et malade. Telle est la pensée du dire de Montaigne.

En réalité, on meurt précisément de ce que, dans l’existence, dans la vie elle-même, chacun est originairement malade. Bref, selon l’ontologie (penser l’être en tant qu’être) on meurt, parce qu’on est (déjà un) malade, bien avant de tomber malade. Il y a bien, dans la vie,

  • Noëlle Lehoussine Meimaroglou, L'organisme et la maladie chez Hegel, Thèse Paris 4, 199
  • Claire Pagès, Hegel et les maladies de l'âme, La conception hégélienne de la folie relue par Derrida, Foucault et Lacan, L'en-je lacanien 2013/1 (n° 20), pages 113 à 139.
  • Montaigne, Essais, III, 13.
  • Eugène-Humbert Guitard, Montaigne et l’art de guérir, Revue d'histoire de la pharmacie, 43ᵉ année, n°147, 1955, pages 189 à 197. Article republié par la revue Persée le 28 septembre 2015.
  • Montaigne cité par E.-H. Guitard, Essais, II, XXXVIII, O Cit., p. 195.

 

une unité originelle du malade et de « la » maladie. Nous naissons malades, comme Bossuet se plaît à le répéter. C’est cette réalité-là que les premières sagesses ont traduite par le récit du

« péché originel », en raison duquel nous mourons tous et devons travailler à la sueur de notre

front. Au demeurant, cette vérité, Eugène-Humbert Guitard l’a bien comprise et redit, en mode de raillerie, la fameuse formule : « Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore »13.

Si nous cédions au tutoiement montaignien, nous dirions, ‘’Tu ne meurs donc que parce tu es malade et vivant, les deux à la fois ; et si tu es vivant, c’est que tu es déjà malade, un malade qui donc doit se soigner pour prévenir ou recouvrer sa santé’’.

Eugène-Humbert Guitard a fort bien mis en évidence l’attitude de Montaigne à l’égard de la maladie, dès lors qu’il deviendra lui-même malade à partir de 157814.

Somme toute, séparer la maladie de la vie, les opposer comme deux indifférents, c’est croire bien naïvement que la maladie est un phénomène externe ou extérieur à la vie, alors même qu’elle lui est propre. Sous ce rapport, est-il besoin de le rappeler, la santé (dont l’objectif est de consolider la vie contre la maladie) est un droit naturel. En effet, la santé s’inscrit dans l’être, par exemple, avec les anticorps qui sont, pourrait-on dire, ses premiers soldats. André Comte-Sponville semble le méconnaître. Comment ne pas souligner et rappeler ici que, dans le cas du Covid-19, on meurt non pas parce qu’on est malade ou vivant, ce qui est une condition préalable, mais uniquement en raison d’une défense tout à fait disproportionnée (contre- offensive) menée contre la maladie (SARS-Cov-2) par une production excessive d’anticorps15 qui, a trop défendre le vivant-malade, devient lui-même le mécanisme de la maladie originaire.

Une courte digression, car de la considération précédente le mot de Montaigne cité par André Comte-Sponville reçoit une confirmation inattendue. En effet, le malade du SARS-Cov- 2 et de son Covid-19 ne meurt-il pas précisément parce qu’il est vivant et non en raison de sa maladie qui n’est qu’une indirecte ? La défense excessive de la vie du malade par ses anticorps est la cause directe de sa mort.

Quiconque ne comprend pas cela sera enclin à ne faire de la maladie c’est-à-dire de toute maladie qu’un « accident » de la vie et, par suite, à penser que l’on peut laisser les malades à leur sort ou les laisser mourir, par exemple lors du Covid-19 où de nombreux médecins ont été conduits (souvent malgré eux) à le faire, non par leur rejet du serment d’Hippocrate, mais par manque de moyens hospitaliers (lits d’accueil, personnel médical et respirateurs insuffisants). En effet, selon leurs propres dires, n’ont-ils pas été cruellement contraints de trier, puis de choisir entre les malades, selon un critère d’âge, entre personnes âgées et jeunes ou moins jeunes ? Aussi, combien de vieillards malades, en France, ont-ils été ainsi désélectionnés dans le silence des salles d’hôpitaux et livrés à la mort ? Et qui peut, avec gravité, ne pas imaginer qu’un malade vieux et riche a pu avoir un sort différent d’un malade vieux et pauvre ? Dans cette hécatombe, le seuil de la vieillesse, qui se rapproche de celui de la Grèce ancienne16, n’a pas été l’unique critère de sélection-pour-la-mort. Au reste, chacun se souviendra des protestations d’indignation lorsque, dans les premières intentions de confinement, le seuil de vieillesse avait été fixé à 60 ans, comme en Grèce antique.avec, comme conséquence, oubli momentané de ses rodomontades ; enfin, rancune du malade qui n'a pas été soulagé, et c'est là peut-être la raison principale de sa sévérité : car la plupart de ses diatribes sont postérieures à l'implacable déclaration de guerre que lui fit la goutte en 1578 », Op. Cit., pages 194 à 195.

  • Eugène-Humbert Guitard : « Ce passage [celui auquel renvoie la note 8] est à rapprocher d'un mot de Jules Romains, raillant ses propres confrères dans ce chef-d'œuvre du théâtre contemporain qu'est son Knock, créé par Jouvet : « Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore. » L'histoire de Knock est d'ailleurs contenue déjà tout entière dans un fait-divers plus ou moins authentique rapporté par Montaigne et situé par lui à Lahontan, localité voisine de Salies-de-Béarn, où il avait des intérêts ». Ibi
  • -H. Guitard : « À quoi bon citer d'autres exemples ? Montaigne s'est-il moqué de ses lecteurs ? Il nous paraît plutôt qu'il a ainsi dévoilé inconsciemment quelques aspects critiquables de son caractère : d'un côté, vantardise pour avoir voulu montrer qu'il ne redoutait pas, comme le commun des mortels, les sentences comminatoires d'un bonnet pointu ; d'un autre côté, manque de courage à l'heure de la souffrance,
  • P. F. Tavares, Être et finalité du SARS-Cov-2 et phénoménalité du Covid-19, blog PFT, 23 avril 2020.

 

Au fond, André Comte-Sponville surgit tel un idéologue cruel, qui suggère une dangereuse conception sociétale véhiculant l’odieuse idée d’une société gérontocide : l’élimination des vieillards, à la faveur du Covid-19. C’est tout, sauf de la philosophie. Car, faut-il le redire, la santé est un « droit naturel » et non pas une « aide » au même titre que les prestations familiales. Chacun l’aura compris, ce que cache André Comte-Sponville derrière cette idéologie cruelle, ce sont toutes les problématiques relatives à l’espérance de vie (vieillissement des populations occidentales, dépendance, services à la personne, etc.), de l’avenir de l’Assurance maladie et de la retraite par répartition ou capitalisation.

En l’espèce, le plus effarant n’est pas qu’André Comte-Sponville mésinterprète à ce point Montaigne ; ce qui étonne ici est de voir combien et comment il n’a presque rien compris au SARS-CoV-2 et a son Covid-19, qui est la première pandémie à avoir ralenti et arrêté le cours du monde. Or au lieu de s’en étonner pour engager une réflexion philosophique, il ‘’pousse’’ « un coup de gueule » selon le titre donné à son interview. Dans une affaire des plus sérieuses, où la philosophie doit dire son mot, cela ne sied pas du tout.

En effet, après avoir longtemps ‘’théorisé’’ le bonheur comme but essentiel, le revoilà suggérant désormais le malheur aux plus âgés17. Ce faisant, il ne propose rien de bien original, puisqu’il reprend à son compte l’horrible usage de « l’élimination des vieillards », cette pratique archaïque des antiques peuples Sardes, Bactriens, Caspiens, Troglodytes (d’Éthiopie), Massagètes, Indiens padéens et Derbices, qui étaient « à la frontière de l’humanité », et dont Nadine Bernard a exposé les atroces rituels de mises à mort et qui, selon elle, ne ressemble en rien à la coutume des anciens Grecs de Céos18.

Il est tout à fait choquant que, dans le pays des Droits de l’homme et du citoyen, la résurgence d’une telle ignominie soit publiquement affirmée sur les médias, sans que les journalistes et les politiques n’y aient vu un quelconque danger. Au fond, cc qui vaut comme un « coup de gueule » n’est que la plate expression d’une idéologie infecte et nauséabonde. Car enfin que formule l’ignoble idéologue ? Deux idées ! Tout d’abord, ce que chacun sait ou peut aisément vérifier, à savoir que le Covid-19 n’est pas la plus meurtrière des pandémies de l’histoire, alors pourquoi les États ont-ils donc arrêté « le train du monde » et la liberté (de se mouvoir) ? Ensuite, que la santé (qui ne peut et ne doit pas être un but en soi) au nom duquel est créé le « pan-médicalisme » ne saurait supplanter la liberté ; en conséquence de quoi, pour la liberté, il convient de sacrifier la santé des personnes âgées : on ne peut confiner toute une société, parce que les vieillards sont plus exposés au Covid-19 que les autres segments de la population, en particulier les jeunes. Et si confinement il y a, elle ne devrait que toucher les personnes âgées, comme si le Virus-à-couronne traçait une frontière infranchissable entre les classes d’âge ? Car si toutes les cellules l’intéressent pour s’y loger, seul lui importe les cellules alvéolaires pulmonaires où, par sa réplication, elle atteint son maximum de vitalité.

  • Corvisier Jean-Nicolas : « le seuil de la vieillesse en Grèce Ancienne [est] relativement imprécis […] Certes, le chiffre de 60 ans est le plus souvent donné […] Mais la notion de vieillesse est parfois accolée à l'âge de 50 ans. […] Certaines particularités physiques considérées comme caractéristiques peuvent d'ailleurs être observées dès avant soixante a Ce dernier âge représente donc un seuil maximal, celui de la vieillesse que l'on n'est pas assuré d'atteindre, et donc celui à partir duquel on bénéficie de toutes les qualités de prudence et d'expérience que l'on reconnaît au vieillard, et qui le rendent apte à des tâches délicates comme l'arbitrage public. Le seuil de la vieillesse pour les femmes est encore plus difficile à fixer précisément […] Un passage de Platon est également révélateur […] : dans sa cité idéale, s'il limite à 60 ans les obligations militaires des hommes, il envisage les tâches militaires que l'on pourrait être amené à donner aux femmes ayant eu des enfants et les arrête à l'âge de 50 ans. Cet âge pourrait bien être considéré comme le seuil de la vieillesse pour une femme, même si des cas de vieilles, ayant atteint 70 ans et plus sont cités », La vieillesse en Grèce ancienne d'Homère à l'époque hellénistique, Annales de démographie historique, 1985, Vieillir autrefois, p. 56.
  • France Inter, Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l'après-confinement, 14 avril 202
  • Nadine Bernard, Voyages en terres gérontocides : l’élimination des vieillards comme remède à la vieillesse, in La vieillesse dans l’Antiquité, entre déchéance et sagesse, Cahiers des études anciennes, 06 mai 201

 

La sélection sociale et sociologique suggérée par André Comte-Sponville repose sur une antinomie qu’il décrète sans jamais le démontrer entre santé et liberté. Or, tout au contraire de ce qu’il croit, les deux sont des « droits naturels » qui, comme tels, sont des inconditionnés, des absolus. Liberté et santé ne sont pas des contraires et aucune n’est réductible à l’autre, bien qu’elles interagissent.

Au reste, en quoi limiter les déplacements des individus pour freiner la propagation du SARS-CoV-2 touche-t-il à l’essence de la liberté qui ne se restreint pas au mouvement, comme Platon l’a montré avec son « prisonnier extraordinaire » du mythe de la Caverne ? Les anachorètes se cloîtrent. Mais sont-ils moins libres que les philosophes qui ont la bougeotte médiatique ? La première et plus grande des libertés (quasi animale, instinctive, naturelle) n’est- elle pas de préserver la vie de tous et de chacun (droit de fuite, droit d’asile, etc.), contre la maladie originaire et ses variantes ? La liberté n’est pas faite pour les morts, si bien que la Révolution de 1789 lança sa formule disjonctive : « la liberté ou la mort ! ». L’astuce idéologique d’André Comte-Sponville consiste à créer une opposition fictive entre la liberté et la santé.

Ensuite, selon cette hiérarchisation idéologique, le double déclassement de la santé, qui est un zig-zag (euphémisme) pour désigner la maladie des personnes âgées, d’une part, en ‘’revalorisant’’ la liberté (comme si celle-ci avait été substantiellement perdue), et, d’autre part, aussitôt (faire semblant de) prioriser (provisoirement) d’autres problématiques sociales (chômage, etc.).

Il n’y a rien ici de philosophique. Tout est idéologie, et dans le plus mauvais sens du mot. On n’y retrouve pas les matériaux classiques et la méthodologie propres à la philosophie : concepts, catégories, jugements, arguments, raisonnements mais une kyrielle d’affirmations péremptoires et quelques fariboles, typiques des « coups de gueule ». André Comte-Sponville fait donc de l’idéologie en temps de philosophie, tel le papelard19 qui, en temps de Carême, consomme de la viande à l’insu de tous. C’est le triomphe de la médiocrité qui, de chaque opinion, essaie de faire un argument.

Bien évidemment, outre Montaigne, Aristote, Kant, Schopenhauer et d’autres penseurs ou scientifiques auraient également pu être des sources d’inspiration ou des points de départ de notre sophiste. Au reste, il n’a pas seulement ‘’oublié’’ de méditer le SARS-CoV-2, ce qui constitue une erreur méthodologique majeure, mais il a surtout traité du Covid-19 comme un simple bavard debout à l’angle d’une rue qui fait causette. Le SARS-CoV-2 et son Covd-19Ils ne l’ont guère étonné. Sa jactance tourne le dos à la philosophie20.

  • L.- Calvet : « le papelard, « faux dévot » […] est celui qui mange du lard en cachette pendant le jeûne », Op. Cit., p. 51.

Au vrai, en aucune façon le SARS-Cov-2 et son Covid-19 ne peuvent ni même ne sauraient être comparés aux pandémies précédentes qui ont si cruellement frappé l’humanité. Car leurs effets (que nous devons distinguer de leurs conséquences) en font une contagion d’un genre différent et inédit. Ces effets sont d’abord qualitatifs et non pas uniquement quantitatifs, à l’inverse de toutes les pandémies antérieures qui, de type quantitatif, s’ils ont eu des conséquences sociales, politiques, économiques n’ont jamais à ce point « arrêté » le temps et fragmenté l’espace. Ainsi en fut-il la Peste de Marseille (1720 – 1722) qui fit entre 30.000 et

40.000 morts, soit la moitié de la population, sans estomper les activités de la cité Phocéenne ; de même, les deux vagues de la Grippe espagnole (1916 – 1917 et 1918 – 1920) qui provoquèrent entre 20 et 50 millions de morts, soit 2,5% à 5% de la population mondiale ; ni l’une et l’autre ne stoppèrent « le train du monde »21 et ne paralysèrent autant et à ce point les économies nationales et l’économie mondiale.

En dépit de leur nombre de morts, nulle autre pandémie n’a eu autant d’effets que le SARS-CoV-2 et son Codiv-19. On peut, à titre comparatif, citer la Peste antonine (en 166 – 189), avec ses 10 millions de morts ; la Peste de Justinien (en 541) qui causera 25 millions de morts dans le monde, en se propageant selon l’itinéraire commercial des navires ; la Peste noire (en 1340), avec 75 millions de morts, dont la moitié de la population européenne ; la Grande peste de Londres (hiver 1664 – 1665) qui fera 100.000 morts, soit 20% des Londoniens ; la Troisième pandémie de choléra (1852 – 1860), qui provoquera 1 million de morts ; la Grippe asiatique (1956 – 1958), faisant entre 1 à 4 millions de morts, dont près de 70.000 aux États- Unis, et suivi dix ans plus tard de la Grippe de Hong Kong (1968 – 1969) avec son million de morts ; plus récente, la pandémie de VIH (1980 – 2000) avec ses 36 millions de morts. Mais aucune d’elle, malgré leur portée mondiale, leur nombre inouï de décès, leur taux de mortalité et leur létalité, n’aura paralysé (en) un instant le monde comme le fait actuellement le SARS- CoV-2 et son Covid-19. En termes d’impact global, par sa soudaineté éruptive et l’intensité de sa secousse planétaire, cette pathologie infectieuse est sans comparaison dans l’histoire des pandémies. En tous les cas, même les deux Guerres mondiales avec l’éclatement des deux bombes atomiques (Hiroshima et Nagasaki), ni la dramatique crise de 1929, ni la crise pétrolière de 1973 et la crise des subprimes de 2008 et celle de 2011 n’ont occasionné un tel arrêt du monde.

Le fait que le SARS-CoV-2 et son Covid-19 aient eu plus d’effets que les autres virus et leurs pandémies, n’est-ce pas précisément cela même qui aurait dû étonner André Comte- Sponville ? Car enfin, s’ils étaient eux-mêmes (en soi) moins importants, comment donc le SARS-CoV-2 et son Covid-19 auraient-ils pu arrêter le monde et paralyser les deux premières puissances capitalistes au monde : les États-Unis et la Chine ? Comment expliquer qu’ils aient fait, aux États-Unis, 40 millions de chômeurs, en moins de deux mois22, autrement par le fait unique, exceptionnel, que leur virulence n’est pas seulement d’ordre cellulaire (pneumonique) mais aussi sociale (sanitaire) et surtout économique (chute des Pib, explosion du chômage, etc.) et politique (États et nationalismes) ? Faut-il rappeler qu’en 2009, aux États-Unis, lors de la crise (bancaire et financière) des subprimes le taux de chômage s’élèvera à près de 11%, ce qui déjà apparaissait tout à fait inouï. Or, avec une population active qui s’élève à 168 millions, les États-Unis qui avaient atteint le « plein emploi », soit moins de 4% de chômage, sont passés à plus de 25% en deux mois.

C’est que le SARS-CoV-2 (virus) et son Covid-19 (pandémie) ont fait bien plus qu’infecter les cellules alvéolaires pulmonaires. Ils ont atteint les fondements et secoué la fondation (mouvement) de la première puissance de la civilisation indo-européenne qui domine le monde. Et, aux États-Unis, parmi les 40 millions de nouveaux chômeurs, combien pourraient faire usage de leurs armes ?

  • Jeanne Hersch, L’étonnement philosophique, Une histoire de la philosophie, coll. Folio/essais, Gallimard, Paris, 1981, 1993.
  • L’expression est de Jean La Fontaine et équivaut à celui de « cours du monde » de Hegel.
  • Aux États-Unis, le premier signalement de Covid-19 date du 21 janvier 2020 et concerne un individu revenu de Wuhan (foyer initial) en Chine. Le premier décès officiel date du 6 février 2020. Tout s’accélère à partir de début mar Le 12 mars, le président Donald Trump annonce l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire. Entre avril et mai, le chômage (dont on ne sait s’il est à son pic) atteint un niveau jamais connu qui dépasse celui de la crise de 1929.

 

I. Le Codiv-19 est une « épochê » et un « parare » : crise indo-européenne

Nous pensons le SARS-CoV-2 et son Covid-19, à la fois, comme une « épochê », une époque telle que l’envisageaient les Grecs anciens, et comme un « parare », un arrêt, à la manière des Latins antiques.

Les deux mots, épochê et parare, de racine indo-européenne, entretiennent une double relation qui se dérobe ou se soustrait au premier regard et ne se laisse capter que par l’oreille circoncise. Leur phonation et leur phonologie respective ne signale pas de parenté sémiotique ou sémantique. Pourtant celle-ci, par elle-même, surgit, se dé-couvre, pour se laisser écouter puis voir, dès lors qu’on s’étonne (de manière grecque) pour les interroger, c’est-à-dire en s’adressant (de façon latine) à eux par l’interrogatio de leur étymologie.

En effet, l’un et l’autre ne font pas qu’appartenir à la langue indo-européenne, car, contrairement à leurs apparences, ils revêtent la même signification étymologique. En effet, tous deux évoquent l’idée d’arrêt, mais avec une différence significative. Si le premier, épochê, renvoie à l’idée d’un arrêt du temps, en trois significations principales (historiographique, pour Bossuet, méthodique selon Husserl et méthodologique avec Heidegger), le second mot, parare, signale l’idée d’un arrêt de ou dans l’espace. Dire épochê et parare, c’est porter à la parole un double arrêt, mais avec ce trait distinctif que dans le cas du SARS-CoV-2 et de son Covid-19, les deux arrêts sont simultanés. Aucun virus avant le SARS-CoV-2 et nulle pandémie antérieure au Covid-19 n’y étaient parvenues.

Méditons plus avant ce double arrêt simultané qui ralentit la vitesse du monde. Dussions-nous le répéter, le Virus à couronne ou SARS-CoV-2 fait époque. Il est le

« grand événement » qui fixe une épochê au sens que Bossuet prête à ce mot : « Mais de même

que, pour aider sa mémoire dans la connaissance des lieux, on retient certaines villes principales, autour desquelles on place les autres, chacune selon sa distance ; ainsi dans l’ordre des siècles il faut avoir certains temps marqués par quelque grand événement auquel on rapporte tout le reste.

C’est ce qui s’appelle époque, d’un mot grec qui signifie s’arrêter, parce qu’on

s’arrête-là, pour considérer comme d’un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen les anachronismes, c’est-à-dire cette sorte d’erreur qui fait confondre les temps » 23. L’époque pose un repère chronologique.

Reformulons l’événement. Le Virus-à-couronne est une épochê, selon quatre de ses effets majeurs. Tout d’abord, parce que, par lui-même et en moins de trois mois, il a suspendu,

« arrêté », le capitalisme financier (Bourses, Fonds d’investissement ou de placement, banques) et le capitalisme industriel (production et circulation mondiales des marchandises, qui créé les ‘’valeurs’’ et ‘’richesses’’) ; deux capitalismes qui, depuis la Chute du mur de Berlin (9 novembre 1989), n’avaient rencontré aucun obstacle dans leur expansion. Ensuite, il confère au capitalisme d’État une nouvelle vivacité politique et lui redonne sa signification éthique perdue (État-providence : maintien du niveau de consommation des ménages, soutien des salaires, aides financières (transferts nets de redistribution, justice sociale, pause des réformes ultra- libérales, suspension de programmes d’ajustement structurel, remboursements des dettes, mesures de relance économique, fermetures des frontières, nationalisations) ; puis montre que les vieux régimes communistes (Cuba, Chine, Corée du Nord, Vietnam, etc.) et/ou les sociétés disciplinées (Russie, Allemagne, Taïwan, Japon, Corée du Sud, Philippines, Israël, etc.) parviennent mieux à maîtriser ses conséquences. Enfin, la quasi simultanéité de sa virulence mortelle a homogénéisé toutes les régions de la Terre (l’espace), et pour ainsi dire mis toute l’humanité à la même heure (le temporel).

Au vrai, les États qui ont négligé tout projet prophylactique d’envergure et renoncé aux nécessaires préventions primaire (mesures empêchant l’apparition d’une maladie), secondaire (dépistage systématique) et tertiaire (réhabilitation et soins) se sont vu obligés de sauter et de passer brusquement à la dernière étape, celle de la prévention quaternaire (soins palliatifs), avec toute la panique sociale, les désordres publiques et les mensonges d’État qui en ont résulté. Les hôpitaux sont submergés. Tout comme les cimetières n’ont plus de places. Il n’est pas de hasard au fait que les États-Unis et le Royaume-Uni, qui ont été les plus tardifs, paient un bien lourd tribut au Virus-à-couronne. Et nous avons même assisté, en France, spectacle édifiant, à la mise en place d’une épi-démo-cratie24, à l’occasion des élections Municipales du 15 mars dernier, qui ont combiné de façon bien étrange « démocratie » et « épidémie », quand le bon sens, le sens commun, la raison (naturelle ou reconstruite) réclamaient une mesure contraire.

Au reste, et le fait inquiète, l’État français est apparu surpris, débordé et, plus encore, démuni et même défaillant et désemparé. Qui donc peut comprendre l’idée et admettre le fait que la France, puissance nucléaire et cinquième ou sixième économie mondiale, n’ait pas un stock disponible et ne puisse pas fabriquer des masques de protection respiratoire à usage unique (PHF type 2), qu’elle subisse une étonnante pénurie de médicaments, qu’elle soit confrontée à un criant déficit de blouses et de surchaussures médicales imperméables jetables et manque autant de charlottes médicales à usage unique et de gants de protection, pour son

  • Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, in Bossuet, coll. La Bibliothèque, Le Figaro et Éditions Garnier, Paris, 2009, pp. 441 - 442.
  • P. F. Tavares, Épinay Municipales du 15 mars 2020 : premières leçons.

 

corps médical et sa population et, comble de guigne, reste dans l’incapacité de faire des tests (PCR ou sérologique) à grande échelle ? L’État français, qui a tant été libéralisé ces quarante dernières années (1983 – 2020), avait érigé en dogme la théorie des avantages comparés (R. Torrens et D. Ricardo), pour justifier tant de délocalisations, notamment celle pourtant si précieuse et stratégique de l’industrie textile, plaçant la France dans une situation d’inexplicable dépendance. La rareté de tous ces ‘’consommables’’ atteste de tous les préjudices que peut créer le libéralisme des avantages comparés. Au vrai, aujourd’hui, les libéraux, inventeurs de l’épi- démo-cratie, s’apprêtent à créer l’épi-démo-économie, la relance de l’économie libérale en plein Covid-19.

Somme toute, le Virus-à-couronne a porté un coup rude à nombre d’États ultra-libéraux et ébranlé toutes les « familles » et les « sociétés civiles » du monde.

Ainsi, sous nos yeux, le Virus-à-couronne accomplit une fonction inédite dans l’histoire universelle : ralentir, sans exception, tous les systèmes productifs (primaire, secondaire et tertiaire), arrêter les forces productives, commencer à modifier les rapports de production (organisation sociale autour des moyens de production), créer une vaste récession mondiale, produire un chômage abyssal (plus de 40 millions aux USA), occasionner un recul inouï des Pib de tous les pays, briser le dogme des critères de convergence (Traité de Maastricht), installer la récession, faire exploser les dettes publiques devenues sur-le-champ vertueuses, baisser les prix des matières premières (agricoles et minières), dévoiler l’impréparation et l’impéritie de nombreux États y compris des plus avancés et redonner une exceptionnelle vigueur aux États- nations.

Au fond, en termes d’impact global, par la soudaineté éruptive et l’intensité de sa secousse planétaire, cette pathologie infectieuse est sans comparaison dans l’histoire des pandémies connues (voir le panorama des pandémies ci-dessus).

S’agissant de la France, nous avons, par le passé, dit de la Ban-Lieue qu’elle est une région-époque25. Le Virus-à-couronne, lui, dans sa dissémination mondiale est une pathologie- époque.

De fait, plus rien ne sera comme avant, et non pas parce que l’Humanité vivra de manière différente mais parce que depuis l’époque des Grandes découvertes elle vivait sous l’emprise de la vitesse qui, doublement, est ralenti. Car le SARS-CoV-2 s’étendant en Covid-19 a tout

« arrêté », en déstructurant (déformant) mondialement le temps social universel et, par cela même, en restreignant l’espace social mondial par l’état d’urgence, le confinement de la moitié de la Terre et la réaffirmation des frontières. Jamais, dans le même temps historique, il n’y eût autant d’individus consignés à domicile. Un fait économico-kinétique est révélateur de cet insolite arrêt : la chute brutale et forte des prix du carburant (automobile, maritime, aérien, etc.) qui est la conséquence directe du ralentissement ou de l’arrêt des moyens de transports. La quasi cessation des transports signe le ralenti du temps et la difficulté à franchir l’espace.

  • P. F. Tavares, Science de la Ban-Lieue, Manuscrit Université, Paris, 2008. , sans arrêter la production des biens et les échanges commerciaux.

 

Au total, le SARS-Cov-2 et le Covid-19, qui le prolonge, ont concomitamment ralenti (arrêté) le temps, montrant sa déformabilité historique et donc sa relativité, et fragmenté l’espace, dévoilant comment il est politiquement sécable et donc procède (en partie) de la juxtaposition des nations. La vieille et noble idée d’un gouvernement de la terre ou d’une unité des nations a quelque peu reculé. Aussi, nul ne pourra jamais plus « confondre les temps » et faire des « anachronismes » : novembre 2019 – mars 2020 ouvre bien une « époque », une épochê.

Nous le disions plus haut, en ralentissant le temps, le SARS-CoV-2 et son Covid-19 ont directement désagrégé l’unité moderne de l’espace. En effet, dans son ralenti (décélération), le mouvement (le devenir) qui, par lui-même, tient l’unité de l’espace et du temps, a distendu leur lien. Ce ralentissement du temps26 et sa déconnection de l’espace a, tout autant, arrêté l’espace qui est accentué par le ralentissement ou l’arrêt des moyens de transports. La quasi cessation des transports marque le ralenti du temps.

Or, bien plus que tout autre, un mot résume de façon précise cette situation : « parare », de source indo-européenne27. Louis-Jean Calvet écrit : « La forme latine parare, pour sa part, donne très logiquement le verbe parer (it. parare, esp. parar, avec le sens de « arrêter » et ses dérivés, préparer, réparer, séparer […] Le verbe espagnol parar que nous venons de signaler (« s’arrêter ») a, en effet, donné le mot paraje, « lieu où l’on s’arrête », et plus particulièrement « lieu où se trouve un bateau ». D’où le français parages (dont le sens premier, avant celui de « environs », de « voisinage », est précisément « portion de côte accessible à la navigation ») ; le portugais paragem et l’italien paraggio »28.

Mais « parare » ne signifie pas seulement « arrêter » dans l’ordre du temporel. Il dit autre chose et bien plus, dans l’ordre du spatial. En effet, nous l’avons vu, le verbe « séparer », lui aussi, s’est construit à partir de « parare ». Tout séparer est donc, par soi, toujours un parare

: et nous avons alors la définition la plus générale de l’espace, en tant que « juxtaposition » d’objets. Et pour cette raison, Kant affirmera que seule la conscience unifie les éléments juxtaposés (c’est-à-dire épars) de l’espace (intuition synthétique a priori) ; et ce pour le plus grand bonheur (cognitif et mystique) de Schopenhauer29 !

Dès lors, comment ne pas remarquer et souligner que parare, « lieu où l’on s’arrête », dit le même qu’épochê, « époque, d’un mot grec qui signifie s’arrêter, parce qu’on s’arrête-là, pour considérer comme d’un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après » ? Ainsi, épochê est au temps et sa temporalité, ce que parare est à l’espace et son spatial.

  • Axiome : plus le mouvement est rapide moins l’espace est dense (pesant), et inversement, plus l’espace est dense moins le temps est rapide. Sur le rapport du temps et de l’espace, Hegel, Précis de l’Encyclopédie, pages 142 à 16
  • Louis-Jean Calvet, Histoire de mots, Étymologies européennes, Payot, Paris, 1993, pages 23 à 24.
  • Louis-Jean Calvet : « La racine indo-européenne *per, avec le sens de « procurer », va très vite se diviser sémantiquement en trois branches

: l’une qui exprime la notion de « mettre au monde », la deuxième la notion de « préparation » et la troisième la notion de « partie » […]

Dans les trois cas, l’idée première de « procurer » demeure à l’origine : parere, « enfanter », c’est procurer un enfant au mari, parare c’est également « préparer » pour donner et pars désigne bien entendu la « part accordée à quelqu’un », celle qu’on lui procure. Mais ce sens commun va très vite disparaître derrière trois directions d’évolution que nous allons maintenant explorer.

Du côté de parere, les choses sont assez simples : on trouve dans cette lignée le mot parent (esp. pariente, it. et port. parente), la parenté (esp.

et it. parentela), l’adjectif puerpéral, « ce qui est relatif à l’accouchement », et, en espagnol, en portugais et en italien, parto, « accouchement

»., Op. Cit., pages 23 à 24.

  • P. F. Tavares,

 

En tous les cas, les mots ont une origine : parer (arrêter, bloquer), pré-parer (organiser, annoncer, réserver pour l’avenir, anticiper l’arrêt), -parer (atténuer, corriger l’arrêt), -parer (désunir, isoler, disposer à part, diviser l’arrêt) et parages (environs immédiats) sont des désinences de parare et entrent dans la composition de son « champ sémantique ».

L’ensemble de ces considérations linguistiques nous amène à re-prendre et ré-entendre, pour l’écouter tout autrement, notre assertion directrice : dans les parages du SARS-CoV-2 et de son Covid-19, tout s’arrête. Cet énoncé qui rassemble en une toile de sens les désinences énumérées, signifie à présent ceci : dans les environs immédiats du SARS-CoV-2 en tant que Codiv-19, l’arrêt de toutes choses est précisément ce qui constitue et caractérise l’essentiel. Et n’est-ce pas précisément à cela même que nous assistons tous ?

Ces brèves incursions étymologiques, qui permettent de grandes économies de pensée, montrent que deux mots de racine indo-européenne, épochê et parare, condensent la crise de la civilisation (langue originelle) indo-européenne (Asie centrale et Europe) qui rassemble un large spectre de langues diverses : le sanskrit, le grec, le latin, l’indo-iranien, l’allemand, le français, le russe, l’islandais, le pakistanais, l’afghan, etc. Freu Jacques a donné une description de cette civilisation originelle reposant sur ce que G. Dumézil a appelé l’idéologie tripartite30.

Pour autant, que le SARS-CoV-2 et son Covid-19 soient à l’origine d’une crise de civilisation, Regis Debray31 ne le voit pas. Il est un « ab oculus », un « sans yeux ». Mais sa cécité n’est pas volontaire. Elle repose en tout premier lieu sur le fait qu’il n’interroge pas

« l’être en tant qu’être » à partir du SARS-CoV-2 et de son Covid-19, mais oriente et centre plutôt son approche sur Emmanuel Macron.

 

II. Régis Debray sur la « guerre » de Macron : un hors-sujet.

Régis Debray a pris comme argent comptant l’allocution d’Emmanuel Macron sur la pandémie, dans le seul but de le réfuter, alors qu’il s’agit de le dé-construire. Aussi a-t-il présupposé comme vraie la parole présidentielle, qui en vérité est fausse.

Que dit Emmanuel Macron à propos de la pandémie du Covid-19 ? Ceci : la « France est en guerre […] l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse »32. Décomposons la parole présidentielle en ses « éléments » les plus simples.

  • Freu Jacques : « Mythologie et sociologie comparées ont permis, par le rapprochement des textes védiques et homériques, des traditions épiques latines, celtes et germaniques de retrouver, sous des oripeaux variés, le même modèle ancien, bien structuré d'une « idéologie tripartite ». Celle-ci a été définie par G. Dumézil. Elle est caractérisée par la prépondérance, dans le panthéon, de divinités masculines ayant un rôle plus fonctionnel que naturaliste […] Un système patriarcal fort et l'exaltation des vertus guerrières expliquent l'aspect aristocratique et belliqueux des peuples indoeuropéens. [Et] leurs rites funéraires archaïques, parfois aussi impressionnants que ceux de l'Égypte ancienne sont la meilleure attestation de leur ancienne hiérarchisation sociale. Ce sont aussi les seuls témoins qui nous restent, en l'absence de témoignages écrits, de leurs croyances aussi bien que de leurs structures sociales, et qui nous permettent de reconstituer la longue

« protohistoire » qui a précédé la rédaction des textes les plus anciens qui sont parvenus jusqu'à nous », L'arrivée des Indo-Européens en Europe, Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1989, pages 4 à 5.

  • Régis Debray, Quitte ou double, Marianne, 19 mars 2020.
  • Emmanuel Macron, Allocution du 16 mars 2020, Palais de l’Élysée.

 

Dans cette phrase, qui est un syntagme33, tout linguiste reconnaîtra aussitôt deux sous- syntagmes qui sont eux-mêmes des syntagmes divisibles, c’est-à-dire dont les « éléments » sont sé-parables, dissociables, autonomes.

Ainsi, dans le premier sous-syntagme, « la France est en guerre », « la France », sous- syntagme de type nominal, divisible, est défini comme le noyau, et « est en guerre », sous- syntagme de type verbal, divisible, en est le satellite.

Dans le second sous-syntagme, « l’ennemi », de type nominal, divisible, est le noyau et

« est là », de type verbal, divisible, ainsi que « invisible » et « insaisissable », deux sous- syntagmes de type adjectival, divisibles, tout comme « qui progresse », de type verbal, sont des satellites.

Aussitôt, ces constructions syntagmatiques de la phrase présidentielle indiquent une véritable homologie de structures avec une ancienne et célèbre formule, celle du père Giraud, témoin oculaire d’une épidémie, et qui, dans son Journal historique de ce qui s'est passé dans la ville de Marseille pendant la Peste de Marseille, s’est écrié et a écrit : « Dieu est en guerre contre son peuple » 34. Décomposons cette effrayante parole théologique. On y décèle, deux sous-syntagmes.

Dans le premier, « Dieu est en guerre », « Dieu », de type nominal, est le noyau ; « est », de type verbal, et « en guerre », de type adjectival, en sont les satellites.

Dans le second, « contre », de type prépositionnel, est le satellite, et « son peuple », de type nominal, en est le noyau. Or, il n’est point besoin d’être grand clerc, pour remarquer que le sous-syntagme « son peuple » renvoie à deux faits. D’une part, que ce sous-syntagme est une circonlocution ou une périphrase servant à désigner la France35, et, d’autre part, qu’il s’accorde parfaitement avec l’autre nom de la France, à savoir fille aînée de l’Église, depuis et par le baptême de Clovis.

Ainsi, outre l’homologie de structures entre les deux paroles, l’une théologique et l’autre laïque, il appert que le Président reprend la double idée du prêtre : la France est en guerre et Dieu est son ennemi. Mais, dans cette reprise-là (au sens de Kierkegaard) de façon subtile, si Emmanuel Macron ne mentionne pas Dieu, l’efface, il reprend deux qualificatifs essentiels généralement attribués à Dieu pour le définir : « invisible » et « insaisissable », de telle sorte que le Virus-à-couronne finit par être affublés de certains attributs de Dieu. Le mal et le Bien sont confondus.

En somme, tant du point de vue syntagmatique, virologique que théologique, le SARS- CoV-2 et son Covid-19 sont étrangement chez Emmanuel Macron ce que Dieu est chez le père

  • Un syntagme est, en linguistique, un groupe de mots ordonnés selon une syntaxe et une sémantique, et dont les deux éléments constitutifs sont un noyau et un ou des satellite
  • Godechot Jacque Ibid. Une lecture rapide du compte-rendu de lecture qu’il fait suggère que, pour son discours, le président E. Macron

s’inspire de ce remarquable ouvrage.

  • Colette Beaune a exposé et analysé la raison et le processus par lesquels les rois de France se sont substitués au « peuple élu », La naissance de la nation France, Folio histoire, Gallimard, Paris, 1985.

 

Giraud : l’ennemi ou Dieu contre lequel la France ou le peuple « est » en guerre. Ils accomplissent la même fonction (guerre et punition).

Il faut savoir laisser Dieu tranquille. Il n’a nul besoin de punir, pour être. Ce fut, croyons- nous, une grave erreur que celle de vouloir faire peur par l’emploi de mots équivoques : l’adverbe « là », qui marque la présence (existence) du péril, des adjectifs « ennemi »,

« invisible », « insaisissable », qui tendent tous à jeter de l’in-quiétude.

Une grave erreur, en effet, car enfin, d’une part, le SARS CoV-2 se voit fort distinctement au microscope électronique et laisse même décrire la ‘’solarité’’ de ses virions (particules virales simples) quasi-sphériques de laquelle il tire son nom ; d’autre part, il se mesure par la séquence nucléotide de son ADN et l’on connaît même la taille36 de son génome qui varie de 26 à 32 kilobases (Kb) ; d’autre part encore, il s’observe dans toutes les principales phases de sa manifestation (projection, pénétration, réplication, infection) et se quantifie sanitairement (nombre de malades, décès, mortalité, létalité, guérison, post-traumatismes, etc.). Certes, il « progresse ». Mais, en cela même, n’est-il pas observable et donc nullement

« invisible », puisque précisément il progresse ?

Au vrai, l’énoncé déclaratif d’Emmanuel Macron comprend un double énoncé ; le premier, un jugement d’existence (ennemi, , guerre, progression), est « vrai », tandis que le second, un jugement catégorique (invisible, insaisissable, etc.) est faux, au sens philosophique de ces mots. Bref, le Virus-à-couronne est saisissable, c’est-à-dire saisi selon son concept, dans la mesure ou conceptus signifie « saisi ». Il est donc en aucune façon « insaisissable ». Certes la science ne sait pas encore tout de lui. Mais, en revanche, elle en sait bien assez pour en fixer une connaissance suffisante et définir son concept (définition la plus générale).

Autrement dit, connu (visible, décrit, mesurable et actif), le SARS-CoV-2 ne surgit pas comme un « ennemi » mais d’abord comme un « agent pathogène » qui ne devient maladie qu’en raison de la maladie originaire, puis se transforme en épidémie et en pandémie que par l’absence de mesures prophylactiques de bon sens et des traitements médicamenteux et vaccinaux que la raison fabrique ou fabriquera.

Pour un État laïc, c’est une lourde faute politique que de répandre la peur du SARS CoV-2 ou d’en faire un « ennemi » imperceptible, caché et/ou qui se dissimule. Le recours et l’emploi d’un vocabulaire militaro-religieux, autrement dit non médical ou non scientifique, est tout à fait inapproprié et relève plus du Moyen-Âge et du début de la Renaissance.

Car il s’agit d’abord d’expliquer aux citoyens, en des termes simples et clairs mais justes, avec tout le sérieux scientifique et pédagogique ce qu’est le SARS-CoV-2 et le processus biomoléculaire par lequel il devient le Codiv-19 ; voilà ce qui est requis et attendu, et non pas autre chose. Et il n’est pas seulement scientifique de le connaître ; il est républicain de le faire reconnaître, car, en un double fondement, toute République repose sur la vertu (l’égalité) et, on

  • Les nucléotides sont les unités (maillons) élémentaires de l’ADN. Dans une molécule, il y en a quatre appelés « A » pour Adénine, « T » pour Thymidine, « G » pour Guanine et « C » pour Cytosine. Les « bases » sont par paire. Leur ordre de succession (agencement) le long ‘un brin d’ADN constitue le séquençage de ce brin. La taille d’une séquence nucléotidique est définie par son nombre de « bases » : ils sont mesurés en kilobases, pour les milliers de bases, en mégabases pour les millions de bases et en gigabases pour les milliards de base

 

l’oublie souvent, sur l’éducation (le niveau de savoir et de culture de ses membres) comme le rappelle si bien Montesquieu dans De l’esprit des Lois, mais aussi parce que cela offre un indéniable avantage en matière de santé publique. Les citoyens avertis sont plus aptes à enrayer la propagation du SARS-CoV-2. Il revient donc aux intellectuels (de toutes disciplines) et aux États de répandre le savoir et les pratiques sanitaires adéquates parmi les citoyens. Amilcar Cabral, lecteur de Hegel, grand lecteur de Marx et de Montessori, n’eût pas tort de dire que si l’on enseigne aux enfants le mystère de la Trinité, on doit bien pouvoir leur expliquer le matérialisme dialectique. Et, ajouterons-nous, à plus forte raison expliquer le SARS-CoV-2 aux parents et aux enfants. Il faut tabler sur la raison naturelle.

Tout cela Régis Debray ne l’a pas compris, comme le montre une lecture rapide ou approfondie de son article. Au reste, là où Macron ruse, Régis Debray croit qu’il se trompe. Régis Debray dénonce avec suffisance une erreur cognitive et décèle une faute pratique du Président de la République, alors qu’il s’agit plutôt (de la mise en œuvre) d’un stratagème politique. Aussi peut-on dire que la ruse de Macron (guerre et peur) a fort bien fonctionné. Elle a même été si efficace que l’analyse de Régis Debray est un véritable hors-sujet, au point qu’il s’est pris à vouloir expliquer au Chef des armées ce qu’est la guerre. Le trompé ne se sait pas qu’il est trompé. Il critique le rusé dont il ne voit pas la tromperie, puisqu’il prend Emmanuel Macron pour un simple ignorant de la pensée en général, de la guerre en particulier et, plus grave, de la gouvernance de la chose publique.

Mais, à côté d’André Comte-Sponville, qui de la santé fait un contre-thème et s’y fourvoie, et de Régis Debray qui a insisté sur la gouvernance erronée de la guerre, au point d’oser occuper, comme Machiavel disait de lui-même en auto-dérision, sur le papier seulement, un poste de général37, Bernard-Henry Lévy, lui, insistera sur la folie suscitée par ce virus. Et, nous le verrons dans la prochaine publication, comment il est incapable d’inscrire le SARS- Cov-2 et son Covid-19 dans l’horizon de l’être en tant qu’être qui commande toute interrogation philosophique.

Dr Pierre Franklin Tavares

Épinay-sur-Seine, le 3 septembre 2020

  • Machiavel, L’Art de la guerre, traduction par Toussaint Guiraudet, Flammarion, Paris, 1991, p. 149.

 

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