Patrick Onoya propose à Sama Lukonde "l’amélioration de l’ingénierie financière du gouvernement pour accroitre les investissements en RDC"

Patrick Onoya propose à Sama Lukonde "l’amélioration de l’ingénierie financière du gouvernement pour accroitre les investissements en RDC"

La volonté politique manifestée par le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Felix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, en mettant fin à la coalition FCC-CACH qualifiée de gouvernement des « politiciens » est louable.

Ainsi, nous ne pouvons que saluer l’avènement du gouvernement de l’Union Sacrée de la Nation (USN), qui par la nomination de Monsieur Jean-Michel SAMA LUKONDE en tant que Premier Ministre, appelé le « technocrate », constitue un signal fort concernant le « changement » tant attendu par la population congolaise.

Cependant, la mise en place d’un gouvernement dit des «technocrates » constituerait « une condition nécessaire » mais non « suffisante » pour espérer avoir des résultats probants durant les deux ans à venir.

Ainsi, pour satisfaire à la condition suffisante, il sera utile que les reformes tant attendues, à mettre en œuvre par le gouvernement de l’Union Sacrée, commencent par celles liées au « management du gouvernement » lui-même.

C’est ce qui nous a amené précédemment à suggérer l’application stricte des principes du « Management Par Objectif » (MPO) au sein du gouvernement de l’Union Sacrée de la Nation basé sur un « contrat de performance ».

Dans le même ordre d’idées, nous suggérons dans cette tribune à Son Excellence Monsieur le Premier Ministre « l’amélioration de l’ingénierie financière du gouvernement pour accroitre les investissements en République Démocratique du Congo (RDC) » ; considérant que l’amélioration du sociale des congolais tel que voulue par le Chef de l’Etat passe obligatoirement par la réalisation des investissements.

Dans les paragraphes qui suivent, nous exposons le fond de notre pensée ainsi que les solutions concrètes que nous proposons au gouvernement SAMA LUKONDE.

2. Problématique

Dans mes dix années d’expérience en tant que consultant en investissement, Coordonnateur Permanent des activités de la Chambre Africaine de Commerce de Dallas pour la RDC, j’ai reçu aux Etats-Unis plusieurs délégations des mandataires des entreprises publiques ainsi que des membres du gouvernement de la RDC venus rechercher des investisseurs américains potentiels. Du contact avec ces différentes autorités, j’ai retenu une phrase répétée par la plupart d’entre eux :

« Le gouvernement de la RDC n’a pas d’argent ! ».
Ce qui, à priori, fait du gouvernement de la RDC un « mendiant d’Etat » et non un partenaire d’affaires.
Cette situation préoccupante soulève le questionnement suivant :

- Est-il possible que le gouvernement SAMA LUKONDE parle le langage de la finance internationale pour accroitre l’attractivité de la RDC en tant que destination des investissements ?

- L’actuel Premier Ministre peut-il avoir le courage politique nécessaire pour mettre en place les réformes nécessaires, avant tout, dans le management de son gouvernement pour augmenter la capacité de ce dernier à atteindre les objectifs lui fixé par le Chef de l’Etat ?

Telles sont les questions auxquelles nous espérons apporter des éléments de réponses dans cette tribune.

3. Orientation de la solution

Dans le monde des affaires « anglo-saxons », par exemple aux Etats-Unis, il est souvent répété la phrase suivante : “It takes money to make money!”
Ce qui signifie : « il faut de l’argent pour faire de l’argent ! ».

En effet, la « culture des affaires » du gouvernement de la RDC est en contradiction directe avec cet adage, qui en des mots simples exprime un concept d’ingénierie financière complexe. Au sein des gouvernements qui se sont succédé les décennies passées, pour ces derniers, il suffisait de présenter le potentiel énorme que possède la RDC pour attirer les investisseurs au pays.

C’est une conception erronée des affaires de la part du gouvernement de la RDC que nous décrions depuis des années !

Par ailleurs, Docteur DAMBISA MOYO, Experte en Economie Internationale, dans son livre « Trade, not Aid » mais aussi dans son autre livre intitulé « Dead Aid », fustige le comporte des dirigeants africains allant dans le sens à faire de la mendicité une « culture gouvernementale » ; privilégiant la sollicitation de « l’aide » des pays développés et des organismes internationaux au détriment de l’amélioration du climat des affaires et des investissements afin d’accroitre le niveau des échanges commerciales et économiques entre Etats.
Pour sa part, l’agronome René DUMONT, dans son livre « L’Afrique noire est mal partie », décrit méthodiquement les handicaps du continent africain, les problèmes de la corruption, les conséquences de la décolonisation, etc. ; il est curieux de constater que le diagnostic posé par celui-ci en 1962 reste d’actualité, voire même en RDC, près de 60 ans après sa publication.

Par conséquent, en nous basant sur la batterie d’argumentaires présentées ci-haut, l’orientation de la solution que nous proposerons à Son Excellence Monsieur Jean-Michel SAMA LUKONDE pour accroitre la qualité de l’ingénierie financière du gouvernement de la RDC en ce qui concerne le volet investissement est :

« La création des effets de levier ».

En effet, « l’ingénierie financière » peut être défini comme cette spécialité de la finance qui vise l’établissement et l’optimisation des « montages de financement complexes » en combinant des instruments financiers variés (titres, prêts, dérivés de toutes natures) mais aussi en créant un ou des véhicules de financement adaptés à des projets de nature diverses tout en accordant une attention particulière tant à la limite des « risques financiers » qu’à « l’optimisation de la rentabilité ». L’ingénierie financière, dans sa mise en œuvre pour le financement des projets complexes, fait souvent appel à plusieurs établissements financiers. On parle de « pool de financement ».

Partant de ce qui précède, nous comprenons aisément que la création des « effets de levier » est l’apanage de l’ingénierie financière.

Dans un contexte financier toujours, l’effet de levier désigne l’utilisation de l’endettement pour augmenter la capacité d’un particulier, d’une entreprise, d’un organisme financier ou d’un « Etat » (en ce qui concerne cette tribune), et l’impact de cette utilisation sur la rentabilité des « capitaux propres » investis.

L’effet de levier se calcul en mettant en rapport le taux de rentabilité de l’actif économique (« le projet d’investissement, dans le cas de cette tribune ») après impôt et le cout de la dette.

Plusieurs formules peuvent être appliquées, par exemple :Effet de levier = (résultat d’exploitation – impôt – dette financière) / capitaux propres.

Ainsi, dans le cadre de la politique de financement des projets pour un Etat, la création des effets de levier dans le but d’accroitre les investissements concerne la mise à disposition par le gouvernement de ce que les anglo-saxons qualifient de « seed money » que nous traduirons par « la semence » ou encore « les capitaux propres » que l’on place dans la terre afin de générer l’arbre qui portera les « fruits » escomptés (« analogie faite au secteur agricole pour fixer le principe de façon triviale») ; c’est de là que provient l’expression « it takes money to make money ! ».

(Voir au paragraphe suivant notre proposition concrète au gouvernement Sama Lukonde.)

4. Création des effets de levier : alternative efficace au maigre budget de la RDC

Partant du principe qu’il est interdit au gouvernement de la RDC de considérer qu’il n’a pas d’argent dans la négociation avec les investisseurs potentiels et que l’alternative possible pour attirer les investissements massifs au pays malgré cet handicap est « la création des effets de levier », nous suggérerons au nouveau gouvernement de mettre à disposition une enveloppe de 100 millions de dollars provenant du budget 2021 pour lever 3 à 5 milliards de dollars d’investissements au niveau de la finance internationale.

Par exemple, dans le budget 2021 de la RDC, les prévisions budgétaires du secteur agricole s’élèvent à 56 millions de dollars américains.

Or, avec 50 millions de dollars, il est possible de lever 1 milliard de dollars d’investissements pour des projets agricoles sur le marché des capitaux en considérant les 50 millions de dollars initiaux (appelé « seed money » ou « semence » ou encore « capitaux propres ») comme 5 % du montant à lever au niveau de la finance internationale dont les 100% feront 1 milliard de dollars.

Ceci dit : lorsque l’on possède en cash de 1 à 5% du budget d’un projet d’investissement, il est possible d’avoir les 100% recherchés pour investir dans ce projet identifié au niveau de la finance internationale. Il faut juste que le gouvernement de la RDC mette à niveau son ingénierie financière en ce qui concerne le volet investissement, mais aussi que ce dernier mette en place un bon lobbying local et international pour rendre cela possible à travers la création des « pools de financement » (confère point 4 : orientation de la solution ci-haut – paragraphe : définition de l’ingénierie financière).

5. Proposition d’un programme d’actions réalisable

Eu égard à ce qui précède, nous proposons que, pour cette année 2021, le gouvernement de la RDC puisse sélectionner 20 projets à impact visible considérés aussi comme « projet à chaine de valeurs » dans les différents secteurs de développement ; par exemple : l’agriculture, l’énergie, les infrastructures et l’industrie.

En pratique, nous proposons le chronogramme d’actions réaliste et réalisable réparti en deux semestres que voici :
- Objectif semestre I : Lancement de 10 projets à impact visible et à chaine de valeurs.

Action à poser :

Trimestre 1 :

- Adoption du principe de la création des effets de levier pour un lot de projets à impact visible et à chaine de valeurs ;
- Mise en place d’un comité de pilotage interministériel visant la réalisation des projets identifiés ;
- Mise à disposition d’un budget initial d’investissements (« seed money » ou « semence » ou encore « capitaux propres ») par le gouvernement pour la création des effets de levier ;
- Elaboration des « modèles économiques » et « modèles d’affaires » permettant d’évaluer l’attractivité et la rentabilité des projets identifiés ainsi que la création des « pools de financement »;
- Collecte des données sur les projets identifiés ;
- Elaboration des études nécessaires pour assurer la crédibilité des projets identifiés auprès des bailleurs des fonds internationaux ;
- Initiation des contacts préliminaires avec les bailleurs des fonds.
Trimestre 2 :
- Négociation et signature des mémorandums d’entente (M.O.U) avec les bailleurs des fonds ;
- Signature des contrats et Lancement des « projets pilotes ».
Note : Les actions du semestre 1 & 2 ont été présentées à titre illustratif.

6. Conclusion

A l’issue de cette tribune, nous espérons avoir suffisamment argumenté pourquoi le gouvernement de la RDC doit améliorer son ingénierie financière, particulièrement dans son volet investissement, pour espérer accroitre le taux de réalisation des investissements initiés dans le but final d’améliorer le social des congolais.
Pour se faire, il est pour nous essentiel de réitérer notre appel à la création du « ministère chargé des investissements ». Comme nous l’avions dit dans l’un de nos précédents articles, il est important qu’il existe un « monsieur investissement » au sein du gouvernement de la RDC. Il s’agira d’un membre du gouvernement qui jour et nuit ne réfléchira que sur la réalisation des investissements en RDC.
C’est une lacune importante à combler dans la composition du futur gouvernement.

Cependant, pour des besoins de réalisme, sachant que de nos jours, la volonté commune est de voir la taille du gouvernement être réduite, nous suggérons que le monsieur investissement du gouvernement SAMA LUKONDE soit le Vice-Ministre des Finances ; qui deviendra dans ce cas, le Vice-Ministre des Finances et des Investissements. C’est donc lui qui se chargera de la mise en œuvre des propositions que nous avons faites ci-haut, à savoir que ce dernier travaillera de manière transversale avec les différents ministères techniques et sectoriels responsables des projets qui seront identifiés.

Par ailleurs, sachant que le gouvernement de la RDC est dans un processus de reprise d’un programme avec le Fonds Monétaire International (FMI), il ne sera pas donc intéressant d’agir dans le sens d’endetter outre-mesure ce dernier à travers des « engagements » d’investissements. Ainsi, la « brèche » que nous suggérerons, à ce niveau, à monsieur le Premier Ministre est la bonne exploitation de la loi sur les « partenariats public-privé » ; ainsi, au lieu d’endetter l’Etat congolais, les montages financiers à mettre en place peuvent aller dans le sens d’endetter plutôt le « secteur privé », qui du reste, est réputé plus crédible que l’Etat congolais.

Pour finir, nous tenons à rappeler que la réforme du secteur de la fiscalité, tel que recommandé par le FMI depuis son rapport de 2012, ainsi que la prévention, la lutte contre la corruption et le détournement au sein de l’administration publique constituent des compléments indispensables à la réussite de l’amélioration de l’ingénierie financière du gouvernement de la RDC proposée.

Patrick T. ONOYA

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir